Communicants
Aabir Dalia :
Du brouillon à la rature numérique : analyse des pratiques scripturales du sujet-lecteur à l'ère de l’IA
La généralisation des intelligences artificielles génératives (IAG) reconfigure les pratiques d'écriture académique en formation initiale des enseignants de l'ENS Fès. Ces étudiants occupent un double statut épistémique singulier : apprenants qui s'approprient des normes scripturales universitaires et futurs formateurs appelés à enseigner l'écriture. Ce double statut rend leurs usages des IAG particulièrement révélateurs des tensions entre efficacité apparente, construction de la voix propre et développement des compétences professionnelles. Si des travaux documentent déjà les perceptions et comportements de prompting en contexte EFL (Hwang et al., 2024) et les profils d'étudiants face aux IAG (Helm & Hesse, 2025), la dimension processuelle et génétique de ces pratiques demeure largement inexplorée en contexte universitaire. Dans la présente communication nous nous intéressons plus particulièrement aux reconfigurations du sujet lecteur-scripteur à l'ère des intelligences artificielles génératives : entre médiation algorithmique et autorité interprétative. Certes, la notion de sujet lecteur-scripteur réflexif est centrale en didactique du français (Bishop & Rouxel, 2007 ; Dufays, 2010 ; Massol, 2017), mais elle n'a pas encore été interrogée au regard des reconfigurations induites par les IAG. Enfin, malgré les apports de la génétique textuelle numérique (Caron & Woerly, 2024). Notre étude s'appuie sur une méthodologie qualitative à visée compréhensive, descriptive (Bautier, 1995 ; Scheepers, 2015) et génétique, menée auprès des étudiants de la licence. Le dispositif prévoit une séquence d'écriture en trois temps : une première version (V1) rédigée sans IAG; une deuxième version (V2) produite avec l'IAG, et un écrit réflexif métatextuel dans lequel l'étudiant commente son choix de prompts et ses décisions de prise ou de rejet des propositions de l'IA. Le corpus de cette présente étude comprend les prompts adressés à l'IAG et les versions successives des textes avec identification des segments modifiés. Nous soulignons qu'un protocole éthique rigoureux encadre le recueil du corpus : consentement éclairé explicite et l'anonymat. L'analyse procède en deux mouvements complémentaires. D'abord, une analyse qualitative des prompts selon leur degré de généralité ou de spécificité rhétorique : prompts généraux et prompts ciblés. Ensuite, une analyse génétique des trajectoires de segments : chaque unité textuelle modifiée entre V1 et V2 est classifiée selon qu'elle provient du scripteur, de l'IAG ou d'une hybridation des deux. Les premiers résultats montrent des profils de posture que nous nommons provisoirement : la posture de délégation, la posture de co-élaboration, la posture de résistance productive et la posture du critique. L'apport principal de cette proposition de communication est d'interroger la question de rature numérique comme outil analytique opérationnel, permettant de rendre visible ce qui se joue dans l'écriture à l'ère de l'IA. En rendant les prompts et les trajectoires de segments observables et le dispositif transforme des pratiques souvent discrètes et peu réflexives en objets d'apprentissage explicites. C'est précisément le type de conscientisation des pratiques scripturales que la littérature identifie comme plus efficace qu'un discours prescriptif sur l'usage de l'IA.
Abdellah Elbadi :
L’IA au cœur de l’écriture : vers une pédagogie innovante de la production écrite
L'essor récent de l'intelligence artificielle générative transforme progressivement les pratiques pédagogiques et les modalités d'enseignement-apprentissage de l'écriture. Dans le domaine de la didactique des langues, ces technologies ouvrent de nouvelles perspectives pour accompagner les apprenants dans les différentes étapes du processus rédactionnel, notamment la planification, la textualisation et la révision des productions écrites. Selon Romero, Heiser et Lepage (2023), l'intelligence artificielle constitue aujourd'hui un levier potentiel d'innovation pédagogique capable de soutenir les apprentissages et de renouveler les dispositifs éducatifs. Dans cette perspective, l'utilisation d'outils d'IA dans les activités d'écriture peut favoriser l'engagement des apprenants et stimuler leur créativité. Cet article se propose d'analyser les apports pédagogiques de l'intelligence artificielle dans l'enseignement de l'écriture, en mettant l'accent sur trois dimensions complémentaires : l'écriture créative assistée par l'IA, l'innovation didactique dans les pratiques pédagogiques et la transformation des modalités d'évaluation des productions écrites. L'hypothèse principale de cette recherche est que l'intégration raisonnée de l'intelligence artificielle dans les pratiques d'écriture peut contribuer au développement des compétences scripturales des apprenants tout en encourageant des formes nouvelles de collaboration entre l'humain et la machine. Du point de vue didactique, les outils d'intelligence artificielle peuvent être mobilisés comme des dispositifs d'aide à la rédaction, de rétroaction et de stimulation créative. Ils permettent aux apprenants d'explorer différentes structures narratives, d'améliorer la cohérence textuelle et de développer leurs stratégies de révision. Plusieurs travaux en didactique du français soulignent en effet que l'apprentissage de l'écriture repose sur un processus complexe de construction du sens et de réflexion métalinguistique (Chiss & David, 2011). Dans ce contexte, l'intelligence artificielle peut jouer un rôle de médiation pédagogique en facilitant l'accès à des suggestions lexicales, stylistiques et structurelles. Toutefois, l'intégration de l'IA dans l'enseignement de l'écriture soulève également des enjeux importants liés à l'éthique, à l'authenticité des productions et aux modalités d'évaluation des apprentissages. Comme le souligne Baron et Bruillard (2018), l'introduction des technologies numériques dans l'éducation nécessite une réflexion critique sur leurs usages pédagogiques afin d'éviter une dépendance excessive aux outils technologiques. Par conséquent, les enseignants sont amenés à repenser les dispositifs d'évaluation en privilégiant des approches processuelles qui valorisent le cheminement de l'apprenant dans la construction du texte plutôt que le produit final. Les résultats attendus de cette recherche montrent que l'intelligence artificielle, lorsqu'elle est intégrée dans un cadre pédagogique structuré, peut constituer un véritable levier d'innovation didactique favorisant le développement des compétences rédactionnelles, créatives et réflexives des apprenants. L'enjeu principal réside ainsi dans la formation des enseignants et des apprenants à un usage critique, responsable et pédagogique de ces technologies.
Annie Gupta:
Du brouillon au dialogue : l’IA comme coauteur temporel dans l’écriture plurilingue et la classe de FLE
L'intelligence artificielle générative ne transforme pas seulement les modalités techniques de l'écriture ; elle en reconfigure la temporalité profonde. Là où le processus scriptural classique repose sur le brouillon, l'hésitation, la rature et la maturation cognitive progressive, l'IA introduit une accélération continue : reformulation instantanée, enrichissement lexical automatisé, restructuration syntaxique optimisée. Cette communication propose d'analyser l'IA comme un coauteur temporel, susceptible de modifier non seulement la production textuelle, mais la dynamique même de construction de la voix auctoriale, en particulier dans des contextes plurilingues et en didactique du FLE.
En dialogue avec les travaux sur les créativités artificielles (Gefen, 2023) et les réflexions pédagogiques sur l'écriture assistée (Sharples, 2022 ; Bearman & Ajjawi, 2023), l'étude interroge la tension entre accélération algorithmique et formation progressive du sujet écrivant. L'hypothèse centrale est que si l'IA compresse le temps de rédaction, elle tend également à lisser les marques visibles de la négociation linguistique et identitaire, notamment chez les apprenants plurilingues dont l'écriture est traversée par des médiations interlinguistiques.
La recherche s'appuie sur une expérimentation qualitative menée auprès d'apprenants plurilingues (français–hindi–pendjabi) inscrits en FLE (niveau B1–B2). Le protocole se déroule en trois étapes:
- rédaction d'un texte créatif sans assistance numérique ;
- réécriture du même texte à l'aide d'un outil d'IA générative ;
- production d'un commentaire réflexif portant sur les transformations opérées.
L'analyse comparative porte sur trois dimensions :
(1) l'accélération temporelle et ses effets sur la profondeur argumentative et imaginaire ;
(2) la standardisation stylistique versus la préservation d'une voix singulière ;
(3) les déplacements sémantiques et culturels induits par les reformulations ou traductions automatisées.
Les premiers résultats montrent que l'IA améliore la fluidité lexicale et la cohérence textuelle, tout en réduisant certaines aspérités stylistiques révélatrices de la trajectoire plurilingue du scripteur. Toutefois, intégrée dans une pédagogie réflexive centrée sur le processus, l'IA peut devenir un outil de conscientisation métalinguistique : les apprenants apprennent à identifier, accepter ou rejeter les propositions algorithmiques, développant ainsi une agentivité critique. Plutôt que de poser la question de l'authenticité en termes d'opposition (« humain » versus « machine »), cette communication propose de déplacer l'évaluation vers la traçabilité du processus d'écriture. L'enjeu n'est plus « Qui a écrit ? », mais « Comment s'est construite l'écriture dans le dialogue homme-machine ? ». L'IA apparaît alors non comme une menace pour l'auctorialité, mais comme un révélateur des dynamiques temporelles et plurilingues de la création contemporaine.
Aya Bouebdelli et Evelyne Deprêtre :
Faire écrire avec l’intelligence artificielle générative : conception d’un cours universitaire asynchrone sur le style, la cohésion et la cohérence textuelles
L'intelligence artificielle générative (IAG) transforme rapidement les pratiques de rédaction, de révision et de correction des textes universitaires. Désormais intégrés à des outils largement utilisés comme Microsoft Word ou Antidote, les modèles génératifs participent directement aux processus d'écriture et soulèvent plusieurs enjeux pour l'enseignement universitaire du français. Dans ce contexte, les universités ne peuvent plus aborder l'IA uniquement sous l'angle de l'intégrité académique ou des usages interdits. Elles doivent aussi former les personnes étudiantes à développer un usage critique, réflexif et éthique de ces outils. Cette communication propose une réflexion didactique et technopédagogique à partir de la conception d'un cours universitaire asynchrone de premier cycle consacré au style, à la cohésion et à la cohérence textuelles en contexte d'IAG. Intitulé Français : style, cohésion, cohérence textuelle et IA générative, ce cours de trois crédits a été développé à l'Université TÉLUQ (Québec, Canada) dans le cadre d'un projet institutionnel d'innovation pédagogique. Le projet repose sur un constat de terrain : certaines dimensions centrales de l'écriture deviennent plus difficiles à circonscrire lorsque les personnes étudiantes utilisent l'IAG pour rédiger, reformuler ou réviser leurs textes. Cette situation soulève plusieurs questions didactiques et éthiques : comment enseigner l'écriture lorsque les modèles génératifs participent eux-mêmes aux processus rédactionnels ? Comment distinguer ce qui relève encore du sujet scripteur ? Comment amener les personnes étudiantes à questionner les propositions générées, à en identifier les limites et à maintenir une distance critique face aux risques de standardisation discursive ? La communication présentera la démarche de conception du cours ainsi que les principaux choix pédagogiques et technopédagogiques retenus. Structuré en quatre modules comprenant environ 80 activités et évaluations, le dispositif privilégie une approche réflexive et autonomisante fondée sur l'analyse critique des usages de l'IAG. L'accompagnement pédagogique repose notamment sur des rétroactions anticipées, des outils interactifs de suivi des apprentissages et un robot conversationnel spécialisé soutenant le travail sur le style, la cohésion et la cohérence textuelles. La communication abordera également les défis rencontrés durant le processus de conception, notamment l'évolution rapide des outils d'IAG, qui nécessite une actualisation continue des contenus de formation. Plus largement, cette expérience conduit à repenser certaines notions liées à l'écriture universitaire, particulièrement le style et la cohérence textuelle, dans un contexte marqué par l'interaction croissante entre humain et intelligence artificielle.
Bruno Marchal :
L’apprenant copilote : vers une rédaction créative computationnelle et une évaluation des cheminements dans l’écriture
L'introduction de l'intelligence artificielle (IA) dans les cursus de français langue étrangère (FLE) impose une transition d'une culture du « testing » vers une véritable culture de l'évaluation, centrée sur la mobilisation des connaissances en situation d'authenticité et de créativité (dans Leroux, 2015). Cette communication propose d'explorer le concept de rédaction créative computationnelle (Marchal & Phoungsub, 2025), défini comme une compétence articulant pensée créative, formulation critique de requêtes et responsabilité éthique dans les interactions avec les agents conversationnels. Ce concept prolonge, dans une perspective didactique, la notion de créativité computationnelle. L'approche repose sur la mise en œuvre d'une créativité augmentée, où l'étudiant n'est plus un simple utilisateur, mais un co-agent engagé dans une dynamique de co-écriture avec la machine. Nous présentons un dispositif pédagogique expérimenté dans un cours universitaire de troisième année de licence (Critical Writing), ancré dans un événement culturel régional : la tournée théâtrale du Malade imaginaire de Molière organisée par l'OIF et le CREIPAC de Nouvelle-Calédonie. La séquence didactique s'est déroulée en trois temps : une phase préparatoire autour de la scène 5 de l'acte I de la pièce, une immersion culturelle à travers la représentation théâtrale, puis une activité de réécriture invitant les étudiants à opérer une transposition-appropriation de l'extrait en variant le registre de langue. Dans une perspective d'équité d'accès, nous avons suggéré des agents conversationnels gratuits, tels que ChatGPT Free, DeepL Write, Perplexity AI et Scribens. Au total, 18 binômes et 2 monômes ont produit une vingtaine de textes en mobilisant, à des degrés divers, ces outils. Dans ce cadre, le cœur de cette méthodologie réside dans le processus de va-et-vient : l'étudiant analyse les propositions de l'IA, opère des choix conscients, rejette ou ajuste les productions générées pour atteindre une intention créative précise. L'analyse du corpus a mis en évidence cinq dynamiques de créativité augmentée : structurante et adaptative, exploratoire, critique et métacognitive, de transposition et optimisatrice. Ce travail collaboratif rend visible le cheminement créatif, fait de tâtonnements et de régulations réflexives. Nous soutiendrons, enfin, que cette pratique nécessite une évaluation processuelle. Plutôt que de sanctionner uniquement le produit fini, il s'agit de valoriser les étapes de l'élaboration : la pertinence des stratégies de pilotage, la qualité linguistique des interactions et la capacité de l'étudiant à exercer un jugement critique sur les propositions de l'outil. Cette mutation de l'évaluation (Martinez, 2024, p. 199), désormais formative et continue, permet de cartographier les progrès de l'apprenant au sein d'une créativité distribuée entre l'humain et la machine. Ce modèle positionne l'apprenant comme « co-agent » ou « copilote » dans des contextes plurilingues de FLE en Asie du Sud-Est, favorisant l'agentivité et l'innovation.
Christine Evain et Elisabeth Richard :
Écrire, reformuler, argumenter avec l’IA : un dispositif didactique au croisement des langues pour développer une écriture critique et située
L'intégration de l'intelligence artificielle générative dans les pratiques d'écriture transforme profondément les conditions de production, de reformulation et d'appropriation des discours. Dans le champ de la didactique des langues, ces outils reconfigurent non seulement les tâches d'écriture, mais également les processus cognitifs et argumentatifs qui leur sont associés, en déplaçant l'attention du produit vers les dynamiques de co-construction du sens. Cette communication propose d'analyser un dispositif pédagogique développé dans le cadre du projet IUF LIRE (Université Rennes 2), fondé sur l'usage d'un chatbot comme outil d'étayage de l'écriture argumentative en contexte plurilingue. Ce dispositif s'appuie sur un corpus hybride composé de textes littéraires contemporains (poésie), de textes journalistiques (disponibles en ligne) et de discours institutionnels (UNHCR), sélectionnés pour la densité et la variabilité de leurs métaphores dans la représentation des mobilités humaines. L'objectif est double : d'une part, développer chez les étudiants des compétences d'analyse critique des discours (repérage des métaphores, identification de leurs effets argumentatifs) ; d'autre part, favoriser des compétences de reconfiguration et de production argumentative, en mobilisant la métaphore comme ressource discursive. Le dispositif articule ainsi analyse, interprétation et production selon une progression guidée. Le chatbot intervient comme un outil de médiation à travers des requêtes structurées (identification, interprétation, reformulation), des boucles de feedback automatisé et des consignes de mise en relation intertextuelle. Il permet de soutenir l'activité scripturale tout en rendant visibles les mécanismes de reformulation et les biais potentiels de l'IA (simplification, stéréotypisation). Cette tension entre assistance et critique s'inscrit pleinement dans les enjeux actuels liés à l'usage pédagogique de l'IA, notamment en termes d'agentivité des apprenants et de développement d'une posture réflexive. L'analyse, de nature exploratoire, repose sur un corpus de traces d'interaction (captures d'échanges avec le chatbot), complété par des retours d'étudiants. Elle vise à interroger les modalités d'engagement dans l'écriture assistée, les stratégies de reformulation, ainsi que la qualité et l'originalité des productions. Au croisement des axes « faire écrire avec l'IA » et « écrire avec l'IA », cette contribution met en évidence le potentiel de l'intelligence artificielle comme outil d'étayage cognitif et critique, à condition qu'elle soit intégrée dans des scénarios pédagogiques favorisant l'émancipation de l'apprenant plutôt que sa dépendance aux productions automatisées. Elle invite ainsi à repenser l'enseignement de l'écriture comme un processus d'interaction située, où la co-écriture avec la machine devient un levier pour développer une pensée autonome et une voix argumentative située.
Cosmas Gabin Mbarga Asseng :
De la correction à la co-construction : l’IA générative comme dispositif de rétroaction personnalisée dans l’écriture académique en sciences sociales. Etude de cas dans un contexte africain francophone
L'intégration de l'intelligence artificielle générative dans les pratiques d'écriture académique soulève une question didactique fondamentale : ces outils se limitent-ils à corriger des textes, ou peuvent-ils engager les apprenants dans un véritable processus de co-construction du savoir écrit ? Cette communication propose d'examiner cette tension à partir d'une étude de cas conduite dans deux contextes d'enseignement supérieur africains francophones : le cours Academic Writing and Research Using Artificial Intelligence dispensé aux étudiants de Master et de Doctorat en Relations Internationales au CISPAIX/UPEACE de Dakar (Sénégal), et les séminaires animés auprès d'étudiants de Master 2 en Sociologie à l'Université de Yaoundé I (Cameroun). Notre cadre théorique articule la notion vygotskienne de Zone Proximale de Développement (ZPD) avec le concept de scaffolding algorithmique tel que le théorise Sharples (2022). Dans des contextes où l'encadrement scientifique de proximité est structurellement limité — ratio encadrant/étudiant élevé, isolement des chercheurs juniors, plurilinguisme complexe — l'IA générative tend à occuper la position du médiateur absent. Toutefois, contrairement au tuteur humain, elle réagit au texte produit et non à l'état cognitif réel de l'apprenant, ce qui constitue le nœud théorique central de notre analyse. À partir d'une méthodologie qualitative combinant observation participante, analyse de corpus de productions écrites avant et après usage de l'IA, et entretiens semi-directifs, nous identifions trois résultats majeurs. Premièrement, les apprenants mobilisent spontanément l'IA dans un régime purement correctif, reproduisant un habitus scolaire normatif hérité de systèmes éducatifs très prescriptifs. Deuxièmement, un scaffolding authentique n'émerge que lorsque l'enseignant structure délibérément le dispositif : prompting guidé, itérations de réécriture, verbalisation réflexive. Troisièmement, des tensions significatives apparaissent autour de la dépendance algorithmique, des biais linguistiques et culturels des outils — peu performants en contextes francophones africains — et de l'érosion du contrat de confiance entre enseignants et étudiants. En conclusion, nous proposons un modèle didactique en trois temps pour un scaffolding algorithmique contextualisé, et soutenons que l'usage de l'IA dans ces terrains révèle et amplifie des inégalités épistémiques préexistantes qui appellent une recherche comparative internationale urgente.
Dora Loizidou et Landry Digeon :
Concevoir, écrire, réviser avec l’IA : une étude des usages étudiants dans un projet de narration numérique en FOU
La création de narrations numériques traverse une mutation profonde, portée par l’accélération des innovations technologiques. Les étudiants disposent aujourd’hui d’une panoplie d’outils à la fois puissants et accessibles, des logiciels de montage gratuits aux banques d’images libres de droits, en passant par les ressources sonores aisément mobilisables. Cet écosystème élargit le champ des possibles, sur le plan tant créatif que pédagogique. La littérature antérieure a établi que la narration numérique soutient l’acquisition langagière, stimule la créativité, nourrit la pratique réflexive et participe à la construction identitaire des apprenants (Navarre, 2019 ; Reyes-Torres et al., 2012). L’arrivée de l’intelligence artificielle générative déplace toutefois les lignes de manière inédite, en permettant la production d’images, de séquences vidéo et de voix de synthèse par requête (prompting), la transcription et le sous-titrage automatisés, la réécriture et la traduction de scripts ou encore le contrôle linguistique automatique (Warschauer & Xu, 2024). Ce déplacement invite à réexaminer ce que les démarches multimodales adossées au numérique apportent réellement à l’apprentissage des langues. Ancrée dans une logique d’apprentissage par projet, cette recherche empirique porte sur une promotion de licence (L3) en études françaises engagée dans la production, en français, d’un journal télévisé sur une thématique interculturelle. Les étudiants y prennent en charge l’ensemble de la chaîne de production, de la rédaction du script journalistique au tournage, au montage et au sous-titrage. Le dispositif s’appuie sur un accompagnement humain, assuré par des étudiants de master (M2) en didactique du FLE chargés du tutorat linguistique. L’IA y est mobilisée comme ressource transversale, de l’écriture du script jusqu’au montage. La recherche vise à repérer et à analyser les usages de l’IA dans l’écriture, la réécriture et la réalisation de ces narrations numériques, afin d’en examiner les effets perçus sur les pratiques d’apprentissage des étudiants de L3. La question de recherche est la suivante : Comment les étudiants de L3 mobilisent-ils l’IA dans une activité de narration numérique, et en quoi cette mobilisation transforme-t-elle leurs processus de conception, d’écriture, de révision et d’apprentissage ? La méthodologie repose sur une triangulation des données recueillies auprès des étudiants de L3 (n = 19), des journaux réflexifs individuels (n = 13) et des focus groups (n = 5 groupes, n = 16 étudiants). Le traitement relève d’une analyse thématique qualitative conduite sous NVivo 15, combinant codage déductif et inductif autour de quatre axes, usages de l’IA, appropriation critique de l’IA, pratiques d’apprentissage et médiation humaine. Les résultats mettent en évidence des apprentissages perçus comme multidimensionnels, à la fois linguistiques, discursifs, technologiques et socio-affectifs. L’IA y intervient principalement comme ressource d’assistance à l’écriture, notamment par la correction, la reformulation, la traduction, la structuration des contenus et l’ajustement du registre. Ses effets ne sont toutefois ni uniformes ni automatiquement bénéfiques. Les étudiants en éprouvent les limites et développent une appropriation différenciée, de l’acceptation quasi automatique au refus assumé, souvent traversée par une ambivalence affective entre réassurance et culpabilité.
Fatiha Afryad :
L'intelligence artificielle comme médiatrice entre les langues : vers de nouvelles formes d'écriture littéraire étudiante à l'université marocain
L'essor des intelligences artificielles génératives transforme profondément les pratiques d'écriture dans les contextes universitaires contemporains. Au Maroc, où coexistent plusieurs langues d'enseignement et de communication : l'arabe, le français et l'anglais. Ces technologies reconfigurent les rapports des étudiants à la langue, à la créativité et à la figure de l'auteur. Utilisée comme outil de traduction, de reformulation ou de génération textuelle, l'intelligence artificielle favorise l'émergence de pratiques d'écriture hybrides, situées à la croisée des langues et des imaginaires culturels des étudiants marocains.
Cette communication s'inscrit dans les réflexions portant sur la coécriture homme-machine, les écritures numériques et les pratiques translingues. Elle mobilise notamment les travaux consacrés à la transformation de l'auctorialité à l'ère numérique (Gefen, 2023 ; Barthes, 1984) ainsi que les approches didactiques de l'écriture créative assistée par intelligence artificielle. À la lumière de la « mort de l'auteur » théorisée par Barthes, et des reconfigurations que l'IA impose à la figure auctoriale jusqu'à faire émerger ce que certains nomment la « naissance du prompteur » , nous interrogeons la manière dont l'intelligence artificielle agit comme médiatrice linguistique et participe à la redéfinition des pratiques d'écriture créative en contexte plurilingue marocain. La recherche s'appuie sur une étude qualitative menée dans le cadre d'ateliers d'écriture créative organisés auprès d'étudiants de la Faculté des Langues, des Arts et des Sciences Humaines Ibnou Zohr d'Aït Melloul au Maroc. Le corpus est constitué de productions hybrides élaborées à partir d'interactions entre étudiants marocains et outils d'intelligence artificielle générative ( ChatGPT et Gemini). L'analyse porte sur les usages de l'IA dans les processus de génération, de traduction, de reformulation et de réécriture des textes, ainsi que sur les discours réflexifs des étudiants concernant leur expérience d'écriture. Ainsi, cette étude s'interroge sur la question suivante : dans quelle mesure l'intelligence artificielle générative transforme-t-elle les pratiques d'écriture créative des étudiants marocains plurilingues ainsi que leur rapport à la langue, à la créativité et à l'auctorialité ?
Les premiers résultats montrent que l'intelligence artificielle facilite la circulation entre les langues et encourage des formes d'écriture translingues inédites. Elle permet aux étudiants d'explorer différents registres linguistiques, de renforcer certaines compétences rédactionnelles et d'expérimenter de nouvelles postures créatives. Toutefois, cette coécriture soulève également des enjeux éthiques et esthétiques liés à l'authenticité de la voix, à la singularité de l'auteur et aux risques d'uniformisation des productions. Cette étude met ainsi en lumière les tensions entre autonomie créative et dépendance technologique, tout en montrant le potentiel de l'intelligence artificielle pour renouveler les pratiques d'écriture littéraire en contexte universitaire plurilingue marocain.
Hajar Bourht et Rabie Hadaf :
Intelligence artificielle générative et écriture créative en FLE : analyse du processus scriptural et reconfiguration des pratiques évaluatives en contexte universitaire marocain
Depuis les travaux fondateurs sur l'écriture comme processus (planification, textualisation, révision) développés par Linda Flower et John R. Hayes, la didactique de l'écrit a progressivement déplacé son attention du produit fini vers les mécanismes cognitifs sous-jacents. Cette perspective a été enrichie par l'approche socioconstructiviste inspirée de Lev Vygotski, introduisant la notion d'échafaudage (scaffolding) comme médiation dans l'apprentissage. Avec l'émergence des environnements numériques, l'écriture s'est progressivement hybridée, ouvrant la voie à des pratiques collaboratives et outillées. Aujourd'hui, l'intelligence artificielle générative marque un tournant majeur. Comme le souligne Mike Sharples, l'enjeu pédagogique se déplace vers l'orchestration du processus d'élaboration. Toutefois, cette mutation suscite des tensions : risque d'atrophie cognitive (Naomi S. Baron), redéfinition de l'authenticité académique (Phillip Dawson), et nécessité d'intégrer des pédagogies actives favorisant l'agentivité (Philippe Romero). Dans le champ du FLE universitaire marocain, ces transformations restent peu documentées empiriquement, notamment sous l'angle de l'analyse des traces d'interaction apprenant–IA. Dès lors, la présente recherche s'articule autour de la problématique suivante : Comment l'analyse des brouillons, des prompts et des interactions avec l'IA peut-elle permettre de construire un modèle d'évaluation centré sur le processus créatif plutôt que sur l'authenticité supposée du produit final ? L'étude adopte une méthodologie qualitative à visée exploratoire auprès d'étudiants universitaires marocains en FLE. Le dispositif repose sur un atelier d'écriture créative en quatre phases : production initiale autonome, interaction guidée avec une IA générative, réécriture, puis justification métacognitive. Les données collectées comprennent les brouillons successifs, l'historique des prompts, les versions intermédiaires et la production finale. L'analyse vise à identifier les stratégies de planification, de transformation lexicale et stylistique, ainsi que les formes d'agentivité scripturale émergentes. L'objectif est de proposer un modèle d'évaluation processuelle intégrant traçabilité, réflexivité et créativité, contribuant ainsi à renouveler les cadres évaluatifs en contexte universitaire marocain.
Hanane Abou Nasreddine :
L’IA, une véritable alliée créative dans l’œuvre de Sébastien Bailly
Notre étude interroge la façon dont l'intelligence artificielle transforme le propre processus créatif de l'auteur. A cet égard, nous avons choisi l'oeuvre de Bailly qui s'est lancé dans cette expérience inédite pour tester la capacité de l'IA à créer une œuvre dans un style jamais vu auparavant. Les premières tentatives de littérature générées par l'outil IA Claude 3.5 étaient les deux textes « Le Chapeau perdu » et « Le rond-point » produits à partir de prompts fixés par l'auteur lui-même précisant le contexte narratif. Sa troisième expérience littéraire radicale est le roman Le Protocole synergiste écrit cette fois en collaboration avec Gemini en une durée de huit jours. Bailly fixe le style et les grandes étapes du plan servant de base de documentation à sa co-autrice artificielle qui génère l'intégralité du texte romanesque. Il agit ainsi comme un chef d'orchestre en définissant l'intrigue, créant les personnages et corrigeant les incohérences. L'originalité de ce roman réside dans cette construction de mise en abîme mettant en scène quatre écrivains utilisant l'IA et se terminant en science-fiction abordant l'avenir de la littérature. Bailly va plus loin dans l'exploration du potentiel créatif de l'IA en proposant à Claude 3.5 d'écrire une poésie à partir d'un article qu'il a « découpé » et « caviardé » et actuellement, il est en train de préparer avec cet outil technologique un recueil de poèmes. Il a découvert au fur et à mesure que l'IA n'est non seulement apte à rédiger un texte littéraire mais à expliquer ses influences et intentions sous-jacentes et à produire une critique argumentée de sa propre approche créative. A la lumière de ce qui précède, Bailly souligne que l'IA n'est pas une menace mais un outil d'extension de la pensée. Cette technologie augmentée se révèle une compagne de choix dans sa pratique créative tissant avec lui une relation d'un genre nouveau. L'auteur confie que la confrontation des idées avec l'IA stimule sa créativité et lui permet d'explorer de nouvelles structures. Il la compare à l'être humain dont l'intuition créative s'enrichit de ses propres lectures. Par ailleurs, Bailly dénonce la mort de l'auteur qui relève davantage du fantasme que de la réalité factuelle. Selon lui, l'IA redessine uniquement les contours de la créativité de l'auteur et assure un gain de temps incroyable. Bien qu'elle opère comme un partenaire actif dans le processus de narration et qu'elle soit suffisamment avancée pour lui proposer des pistes originales, elle n'a pas son expérience du monde et ne peut pas ressentir des émotions et des sensations. Il met également en évidence l'avenir de la littérature qui ne repose pas sur le remplacement de l'écrivain par l'algorithme mais sur une hybridation où l'aptitude émotionnelle et la conscience humaine pilotent un processus d'écriture augmenté.
Houda Habbane
AI-Assisted Professional Email Writing in ESP: An Action Research Study with BTS FED Students
The rapid development of generative Artificial Intelligence (AI) is transforming writing practices in educational and professional contexts. In English for Specific Purposes (ESP), tools such as ChatGPT are increasingly being incorporated into writing instruction to support learners in producing professional and academic texts. While these technologies offer significant pedagogical opportunities, they also raise important questions regarding learner autonomy, authorship, critical thinking, and the development of authentic writing competence. These issues are particularly relevant in vocational higher education, where students are expected to master professional communication genres that reflect workplace practices. This study investigates the following research question: To what extent can generative AI support the development of professional email writing skills in ESP while maintaining learners' critical engagement and communicative agency? The presentation reports on an ongoing doctoral research project conducted with French BTS FED (Fluides, Énergies, Domotique) students enrolled in an ESP course. It explores how AI-assisted writing influences the production of professional emails in English and examines the ways learners engage with, evaluate, and adapt AI-generated suggestions during the writing process. The study is grounded in socio-constructivist perspectives on learning (Vygotsky, 1978), and action research traditions (Lewin, 1946; Kemmis & McTaggart, 1988), which view learning and pedagogical innovation as iterative processes supported by interaction, mediation, reflection, and continuous improvement. It also draws on recent research in AI literacy and AI-assisted language learning, which highlights the importance of developing learners' critical and reflective use of generative AI tools. An action research methodology was adopted, enabling the teacher-researcher to design, implement, observe, and evaluate a pedagogical intervention within the ESP classroom. The intervention focused on professional email writing in technical and commercial contexts, including quotation requests, customer responses, and business correspondence. It was structured in three stages. First, students completed an email-writing task without AI support in order to establish a baseline. Second, they used generative AI to draft and revise emails while receiving explicit guidance on critically evaluating and adapting AI-generated content. Third, they completed a comparable writing task independently to assess developments in their writing performance and their ability to transfer acquired skills. Data were collected through students' written productions, AI-assisted drafts, classroom observations, and reflective feedback. The cyclical nature of the action research process enabled ongoing observation and pedagogical adjustment throughout the intervention. Analysis focuses on grammatical accuracy, lexical range, genre awareness, text organisation, professional communication strategies, and learners' decision-making processes when interacting with AI-generated suggestions. Preliminary findings suggest that generative AI can support the development of professional email writing skills by reducing linguistic barriers, enriching vocabulary, and strengthening awareness of genre conventions. However, these benefits appear to depend on structured pedagogical mediation and the development of AI literacy skills. Without such guidance, students may become overly reliant on AI-generated content, potentially limiting deeper learning and independent writing development. The study argues that generative AI should be integrated into ESP instruction not as a substitute for writing practice but as a pedagogical tool that supports reflection, revision, critical literacy, and learner agency. By combining action research and AI-assisted language learning, the project contributes to ongoing discussions on the pedagogical integration of generative AI in ESP and the transformation of writing practices in vocational higher education.
Ibtissam Lekhbizi:
Motiver par l’IA: expérimentation en contexte universitaire : L’intelligence artificielle comme levier d’engagement dans les pratiques didactiques
Dans un contexte universitaire marqué par une hétérogénéité croissante des profils d'apprenants, maintenir un niveau d'engagement et de motivation satisfaisant constitue l'un des défis majeurs auxquels se trouve confronté l'enseignant-formateur contemporain. C'est précisément dans cette tension pédagogique que s'inscrit la présente communication, articulée autour de la question de recherche suivante : dans quelle mesure l'intégration de l'intelligence artificielle générative dans les pratiques didactiques universitaires transforme-t-elle la posture motivationnelle de l'apprenant et son rapport à la production écrite ? Notre hypothèse de départ est que l'IA, lorsqu'elle est intégrée de manière réfléchie et structurée dans une séquence pédagogique, agit comme un catalyseur de l'engagement — non pas en substituant l'effort cognitif de l'apprenant, mais en créant les conditions d'une implication active et durable dans les tâches d'écriture et de production. Cette contribution s'appuie sur une expérimentation conduite auprès de plus de cinquante étudiants universitaires, sur plusieurs séances, dans le cadre de disciplines variées. Le dispositif pédagogique mis en œuvre repose sur une combinaison d'usages de l'IA générative : simulation de situations interactives via des chatbots, génération de scénarios personnalisés mobilisables en jeux de rôle, et feedback automatisé sur les productions écrites des apprenants. Les données ont été recueillies par observation directe en séance, permettant de documenter les comportements, les réactions et les dynamiques de groupe au contact des outils d'IA. Les observations révèlent un impact motivationnel clairement perceptible. L'introduction de l'IA génère une rupture avec les représentations traditionnelles de la formation descendante, en créant un espace d'expérimentation où l'apprenant produit, reformule et réécrit dans un cadre sécurisant. La dimension personnalisée et immersive des outils renforce le sentiment de pertinence des contenus et stimule la prise de risque dans l'écriture — facteurs reconnus comme déterminants dans la dynamique motivationnelle (Baker et al., 2019). Toutefois, cette expérimentation soulève également des tensions que nous n'éludons pas. À la suite de Romero, Heiser et Lepage (2023), nous questionnons les risques d'une délégation excessive à la machine, susceptible d'éroder l'agentivité de l'apprenant. Nous insistons sur le rôle irremplaçable de l'enseignant-formateur comme médiateur réflexif, garant d'un usage de l'IA orienté vers l'émancipation plutôt que vers la dépendance numérique (Bearman & Ajjawi, 2023). En définitive, cette communication invite à repenser la place de l'IA non comme un simple outil technique, mais comme un vecteur de transformation de la relation pédagogique — au service d'apprenants plus engagés, plus productifs et plus autonomes dans leur rapport à l'écriture.
Ikram Chemlali:
De l’écrivain au prompteur : l’intelligence artificielle et les nouvelles médiations de l’écriture littéraire
L'arrivée des intelligences artificielles génératives dans le champ de l'écriture ne constitue pas seulement une innovation technique. Elle oblige à reprendre une question ancienne, mais devenue aujourd'hui plus urgente : qu'est-ce qu'écrire lorsque le texte peut être partiellement produit, prolongé ou réorienté par une machine ? Depuis longtemps, la littérature s'est construite dans le dialogue avec des formes, des modèles, des héritages et des réécritures. Mais avec l'IA, ce dialogue prend une forme nouvelle : l'auteur ne travaille plus seulement avec une mémoire littéraire ou culturelle, il travaille avec un dispositif capable de répondre, de proposer, d'imiter et de transformer. Cette communication propose d'interroger cette mutation à partir de la figure du prompteur. Le terme ne désigne pas ici un simple utilisateur d'outil numérique, mais une nouvelle posture d'écriture. Celui qui écrit avec l'IA ne se contente pas de recevoir un texte prêt à l'emploi : il formule une demande, précise une intention, écarte certaines réponses, en conserve d'autres, corrige, déplace, réécrit. L'acte créateur ne disparaît donc pas ; il se déplace. Il passe en partie par la consigne, le tri, la reprise et la responsabilité du choix. L'enjeu est alors de comprendre ce que cette situation fait à la notion d'auteur. L'IA fragilise l'idée romantique d'une création entièrement intérieure, originale et solitaire. Mais elle ne conduit pas nécessairement à l'effacement de l'écrivain. Elle révèle plutôt que l'écriture a toujours comporté une part de médiation, de montage et de transformation. La nouveauté tient au fait que cette médiation est désormais confiée à un système algorithmique, dont les propositions proviennent d'un immense réservoir de textes, de langues et de formes préexistantes. Trois questions guideront la réflexion. Comment penser la collaboration entre l'humain et la machine sans réduire l'un à l'autre ? Que devient l'originalité lorsque l'écriture naît d'une interaction entre intention personnelle et génération automatique ? Enfin, où situer la responsabilité de l'auteur lorsque le texte est produit à travers une médiation technique ? En revenant notamment à la réflexion de Roland Barthes sur la « mort de l'auteur », cette communication montrera que l'intelligence artificielle n'annonce pas forcément la disparition de l'écrivain, mais la transformation de sa fonction. L'auteur devient celui qui organise un processus, assume une orientation, donne une cohérence et impose une lecture critique à une matière textuelle en partie générée. L'écriture avec l'IA apparaît ainsi comme un espace ambigu : elle peut appauvrir la création lorsqu'elle remplace l'effort de pensée, mais elle peut aussi devenir un lieu d'expérimentation, à condition que l'humain demeure responsable du sens, de la forme et de la portée du texte.
Karen Ferreira-Meyers:
Qui écrit quoi ? L’humain ou l’IA générative ? Création littéraire et enjeux didactiques à l’ère de l’écriture algorithmique
L'essor rapide des intelligences artificielles génératives transforme profondément les pratiques d'écriture et invite à reconsidérer certaines notions centrales des études littéraires, notamment celles d'auctorialité, d'originalité et de créativité. Les modèles de langage de grande taille sont aujourd'hui capables de produire des textes narratifs, poétiques ou argumentatifs d'une grande fluidité, ce qui soulève une question fondamentale pour la théorie littéraire et la didactique : dans un texte produit avec l'assistance d'une IA, qui écrit réellement – l'humain, la machine, ou une forme hybride d'auctorialité ? Cette communication examine les transformations de la création littéraire à l'ère de l'IA générative et leurs implications pour l'enseignement de l'écriture. Elle s'inscrit dans le champ des humanités numériques et mobilise les travaux récents sur la créativité computationnelle et l'écriture assistée par IA. Sur le plan méthodologique, l'étude repose sur une analyse documentaire critique de la littérature scientifique consacrée à la génération automatique de textes et à l'usage pédagogique des modèles de langage. Ces recherches montrent que l'IA peut soutenir certaines étapes du processus créatif – génération d'idées, exploration stylistique ou structuration narrative – tout en soulevant des questions importantes concernant les biais algorithmiques, la standardisation stylistique et la redéfinition de l'auctorialité (Bender et al.; Brown et al.; Gefen; Shaker et al.). Dans le domaine didactique, l'intégration de ces technologies ne peut se limiter à une logique de contrôle ou d'interdiction. Plusieurs travaux soulignent au contraire la nécessité de développer une littératie critique de l'IA, permettant aux étudiants de comprendre les mécanismes, les limites et les implications éthiques des systèmes génératifs (Kasneci et al.; Veletsianos et Kimmons). L'IA peut ainsi devenir un dispositif pédagogique favorisant une réflexion métacognitive sur l'écriture, la construction du style et la notion d'auteur. La contribution de cette communication est double : d'une part, proposer un cadre conceptuel pour penser la co-création humain–IA dans la production littéraire ; d'autre part, montrer comment cette perspective peut renouveler les pratiques d'enseignement de l'écriture créative et académique dans un environnement numérique en mutation.
Karima Yatribi :
Écrire avec la machine : poétique du dialogue homme-IA et recomposition de la figure de l’auteur dans Mia. Dialogue réel avec une intelligence artificielle de Driss Alaoui Mdaghri
L'essor des intelligences artificielles génératives transforme en profondeur les modalités de production et de circulation du texte. En intervenant dans les processus d'écriture comme outils de génération, d'assistance et d'interaction, ces technologies contribuent à reconfigurer des catégories fondamentales de la création littéraire, telles que l'auteur, le style et l'intentionnalité. L'écriture tend ainsi à se redéfinir comme un espace dialogique où se combinent contributions humaines et productions algorithmiques. Dans ce contexte, Mia. Dialogue réel avec une intelligence artificielle de Driss Alaoui Mdaghri constitue un terrain d'analyse particulièrement pertinent. Structuré sous la forme d'un dialogue entre un auteur et une intelligence artificielle, l'ouvrage met en scène une interaction discursive qui brouille les frontières entre instance humaine et instance technologique. Loin de se limiter à l'usage d'un outil, le texte propose une expérimentation littéraire où le dialogue avec la machine devient le principe générateur de l'écriture. Cette communication propose d'analyser cet ouvrage comme une forme émergente d'écriture dialogique homme-machine, révélatrice des mutations contemporaines de la fonction auctoriale. L'analyse s'inscrit dans le prolongement des réflexions de Roland Barthes sur la « mort de l'auteur », tout en en proposant une relecture à l'ère des intelligences artificielles. L'interaction avec la machine ne conduit pas à l'effacement de l'auteur, mais à une reconfiguration de son rôle dans le processus créatif. Cette dynamique peut également être éclairée par la théorie du dialogisme de Mikhaïl Bakhtine, selon laquelle tout discours se constitue dans l'interaction de plusieurs voix. Dans Mia, l'intelligence artificielle introduit une altérité algorithmique qui participe à la construction du texte, lequel apparaît comme une co-énonciation structurée par l'échange, la reformulation et la sélection. L'hypothèse défendue est que ce dispositif dialogique fait émerger une nouvelle posture auctoriale : l'auteur devient l'architecte d'un dispositif interactionnel où s'organisent plusieurs voix discursives. L'écriture se transforme ainsi en pratique d'orchestration et de médiation. En mettant en lumière cette forme d'écriture hybride, à l'intersection de la création littéraire et de l'expérimentation technologique, cette étude montre que l'intelligence artificielle ne signe pas la disparition de l'auteur, mais la transformation de sa fonction. L'écrivain apparaît désormais comme un stratège discursif, redéfinissant les contours de l'autorité auctoriale dans les pratiques contemporaines de l'écriture. Enfin, cette expérimentation s'inscrit dans le champ des littératures francophones contemporaines, notamment maghrébines, où les mutations technologiques rencontrent des traditions marquées par le plurilinguisme et les enjeux identitaires.
Linda Barbara Foote :
Grands modèles de langage et posture d’auteur en contexte francophone postcolonial : une lecture conceptuelle de la normalisation stylistique
L’émergence des grands modèles de langage (LLM) interroge ces jours-ci : que devient la posture d’auteur lorsque l’écriture devient un dialogue avec un système probabiliste ? Que reste-t-il de l’hybridité stylistique propre aux littératures francophones postcoloniales lorsque leurs textes sont reformulés par une machine entraînée sur des corpus dominés par l’anglais et le français standard ? Cet article propose une lecture conceptuelle et interprétative — et non une démonstration empirique — combinant les travaux d’Alexandre Gefen sur les mutations de l’écriture numérique, le concept de gouvernementalité algorithmique d’Antoinette Rouvroy, le cadre transtextuel de Gérard Genette, repris par la critique génétique d’Almuth Grésillon, et la thèse barthésienne de la mort de l’auteur. Nous y défendons l’hypothèse d’une asymétrie tokeno-temporelle : les marqueurs lexicaux de créolité seraient mieux préservés par les LLM que les marqueurs syntaxiques et rythmiques qui portent l’oralité et le style indirect libre, chez des auteurs comme Édouard Glissant, Patrick Chamoiseau, Maryse Condé et Ahmadou Kourouma. Cette hypothèse, étayée par deux principes explicatifs indépendants — un principe technique (la tokenisation) et un principe temporel (l’absence d’un avant-texte algorithmique) — et mise en dialogue avec des travaux quantitatifs sur le biais dialectal des LLM, interroge directement la posture d’auteur à l’ère de l’intelligence artificielle, l’avenir des littératures cogénérées, l’agentivité des auteurs plurilingues et l’impact de l’IA sur la diversité linguistique francophone. L’article assume le statut d’un essai théorique : sa contribution réside dans le cadre interprétatif proposé, réutilisable pour une lecture ultérieure du corpus.
Mona Wehbe :
Faire écrire avec l’intelligence artificielle en FLE : co-énonciation, créativité et construction identitaire en contexte plurilingue
Cette communication interroge la manière dont l’intelligence artificielle générative transforme les pratiques d’écriture en français langue étrangère (FLE) et redéfinit la posture de l’apprenant-auteur dans une dynamique de co-construction linguistique, créative et identitaire. L’étude est menée au Département de français langue étrangère de Sorbonne Université Abu Dhabi (SUAD), université française implantée aux Émirats arabes unis, au croisement de plusieurs traditions académiques et culturelles. Elle concerne des apprenants non francophones de niveau B1 inscrits dans un programme intensif de français préparant notamment à la poursuite d’études universitaires en français. Issus de nationalités et de parcours scolaires variés, ces étudiants évoluent dans un environnement où coexistent l’arabe, l’anglais, le français et d’autres langues familiales ou scolaires. Le français constitue ainsi à la fois une langue d’apprentissage, un moyen d’accès aux savoirs universitaires et un espace de médiation entre des références culturelles multiples. Ce terrain plurilingue et pluriculturel offre un cadre particulièrement pertinent pour observer le rôle de l’IA dans l’appropriation d’une voix d’auteur en langue étrangère. À partir d’activités de rédaction, de réécriture et d’écriture créative menées en classe, l’analyse examinera les interactions entre les propositions générées par l’outil et les choix opérés par les apprenants : sélection, reformulation, appropriation ou rejet. Inscrite dans une perspective socioconstructiviste inspirée de Vygotski (1997) et des travaux de Bucheton (2014) sur les pratiques d’écriture et la posture d’auteur, l’étude envisage l’IA non comme un simple correcteur, mais comme un partenaire de co-énonciation avec lequel se négocient le texte et la voix de l’apprenant. Elle cherchera à mettre en évidence les apports de ce dispositif — soutien lexical et discursif, réflexivité, créativité et confiance dans l’expression écrite — tout en interrogeant ses limites : standardisation des productions, dépendance à l’outil, authenticité des écrits et évaluation des compétences scripturales. La communication proposera enfin des pistes pour intégrer l’IA générative dans l’enseignement du FLE de façon critique, créative et éthique, notamment grâce à des consignes rendant visibles les choix, les révisions et la part personnelle de l’apprenant.
Nathalie Christoforou :
IA Générative et médiation stratégique : retour sur une expérimentation en classe de Français Langue Étrangère
La présente communication a pour objectif de présenter les résultats d’une étude de cas portant sur la médiation stratégique et l’emploi de l’Intelligence Artificielle Générative (IAG) en Production Écrite (PE) en classe de Français Langue Étrangère (FLE). Plus particulièrement, l’expérimentation menée en contexte chypriote hellénophone visait à étudier l’évolution de la performance des apprenants suite à l’étayage de l’IAG. Comme l’affirme Khan (2024), les apprenants les plus réussis seront ceux qui sauront utiliser l’IA pour faire des liens et trouver des idées. Selon Bechiri (2024), par ailleurs, l’intégration d’outils d’IA en cours de FLE offre des avantages notables comme l’amélioration de la qualité rédactionnelle et le soutien aux processus cognitifs. Pour examiner l’impact de l’IAG sur l’apprentissage, nous avons tenté de déterminer : 1) si l’IAG peut efficacement accompagner les apprenants pour proposer un répertoire stratégique et métastratégique pertinent, 2) si son usage permet d’avoir de meilleurs résultats dans les PE et 3) si l’expérience de la médiation par l’IAG est positive pour les apprenants. Pour répondre à ces questions, nous avons mené une expérimentation fondée sur deux champs de recherche : d’une part les stratégies et métastratégies d’apprentissage et d’autre part l’IAG en classe de langues étrangères. Quant aux stratégies, le modèle emprunté est celui d'Oxford (2011), ce qui nous a permis d’analyser trois types de stratégies et métastratégies d’apprentissage en PE : les cognitives, les affectives et les socioculturelles-interactives. Sur le plan méthodologique, la présente étude qualitative et quantitative a été effectuée auprès de 30 apprenants de niveaux B1-B2 aux profils comparables, répartis en deux groupes de 15 : un groupe de contrôle et un groupe expérimental. Dans les deux groupes, les apprenants ont tout d’abord participé à une évaluation diagnostique, puis à cinq séances sur la PE et enfin à une évaluation finale. Le groupe de contrôle n’a pas eu recours à l’IAG lors des séances et évaluations, tandis que le groupe expérimental a pu l’intégrer dans ses activités. Pour l’analyse des résultats, nous avons croisé trois sources de données : 1) l’évaluation des sept PE par apprenant à l’aide d’une grille conçue à cet effet, 2) l’observation des échanges avec l’IA et des réflexions des apprenants dans un journal de bord et 3) l’analyse de leurs réponses à un questionnaire. Les résultats de l’étude mettent en évidence que les apprenants du groupe expérimental ont eu de meilleurs résultats que les apprenants du groupe de contrôle. Les stratégies et métastratégies d’apprentissage les plus fréquemment proposées consistent à concevoir un plan logique, à améliorer le lexique et la syntaxe ainsi qu’à s’auto-évaluer à travers différents processus métacognitifs. Les avantages sont nombreux, dont le gain de confiance et le développement de la conscience métacognitive. Des inconvénients se présentent aussi, avec le recours parfois instantané à l’IAG sans effort personnel de créativité et de reformulation. L’analyse mène à conclure que les apprenants semblent avoir besoin de cet accompagnement personnalisé pour apprendre à résoudre des difficultés de manière autorégulée et réaliser la tâche en mettant en œuvre des stratégies efficaces.
Saad Soufiani :
Hétérolinguisme et co-écriture avec l’intelligence artificielle : opacité discursive et reconfiguration du sens dans les pratiques plurilingues
L'essor des intelligences artificielles génératives, en particulier des grands modèles de langage, reconfigure en profondeur les pratiques d'écriture, notamment dans des contextes plurilingues. En tant qu'outil de traduction, de reformulation et de génération textuelle, l'intelligence artificielle ne se limite pas à faciliter le passage d'une langue à une autre : elle participe activement à la reconfiguration des dynamiques hétérolingues et des modes de construction du sens. Cette communication se propose d'analyser les transformations de l'hétérolinguisme à l'ère de la co-écriture homme-machine, en interrogeant plus spécifiquement les phénomènes d'opacité discursive qui en émergent. Inscrit dans une perspective de linguistique du discours, ce travail s'appuie sur une conception de l'hétérolinguisme comme coexistence et interaction de plusieurs langues au sein d'un même espace textuel, envisagé non seulement comme un fait stylistique, mais comme un opérateur de sens et d'altérité. L'intégration de l'intelligence artificielle dans les processus scripturaux introduit une médiation algorithmique qui complexifie ces interactions, en produisant des formes hybrides où les frontières entre langues, voix et instances énonciatives deviennent instables. À partir d'un corpus exploratoire composé de productions écrites assistées par intelligence artificielle (traductions augmentées, reformulations plurilingues, textes co-générés à partir de prompts multilingues), cette étude vise à mettre en évidence plusieurs phénomènes. D'une part, l'intelligence artificielle tend à lisser certaines marques d'hétérolinguisme en favorisant des formes standardisées et fluides, participant ainsi à une forme de normalisation linguistique. D'autre part, elle peut générer de nouvelles formes d'hybridation linguistique, où les langues ne sont plus simplement juxtaposées mais reconfigurées dans des structures discursives inédites. L'analyse portera également sur les effets d'opacité discursive produits par ces pratiques. Alors que l'hétérolinguisme traditionnel repose souvent sur une opacité liée à l'altérité linguistique, l'intervention de l'intelligence artificielle introduit une opacité d'un autre ordre, liée à l'indétermination de l'instance énonciative et à la complexité des processus de génération. Qui parle dans un texte coécrit avec une machine ? Dans quelle mesure le sens produit peut-il être attribué à une intention humaine ou à un calcul probabiliste ? Ces questions invitent à repenser les catégories classiques de l'analyse du discours, notamment celles d'auteur, de voix et de responsabilité énonciative. Enfin, cette communication défend l'hypothèse selon laquelle l'intelligence artificielle ne réduit pas l'hétérolinguisme, mais le reconfigure en un « hétérolinguisme algorithmique », caractérisé par une circulation accrue entre les langues, une hybridation des formes discursives et une redéfinition des conditions de production du sens. Ce faisant, elle ouvre de nouvelles perspectives pour l'analyse linguistique des pratiques d'écriture contemporaines, à la croisée de la création, de la traduction et de l'interaction homme-machine.
Salsabil Fakkar :
IA générative et apprentissage de l’écriture académique et scientifique : le cas de la Business School de l’UIC
L'avènement de l'intelligence artificielle générative ces dernières années a suscité différentes réactions dans le monde universitaire. Les étudiants l'utilisent de plus en plus pour résoudre des exercices, préparer des simulations, réaliser des exposés et même produire des textes. Au départ, les universitaires ont résisté, et résistent encore, à l'utilisation de l'IA générative dans l'écriture, dans la mesure où le résultat obtenu n'est pas toujours le fruit d'un effort personnel fourni par l'étudiant. En outre, au niveau de la production scientifique, des questions éthiques ont été soulevées quant à l'originalité des travaux produits. Que peut-on accepter ? Quelles sont les limites de l'utilisation de l'IA générative dans l'écriture universitaire ? Toutefois, ces résistances n'ont pas empêché les étudiants d'y recourir massivement. Dès lors, la question n'est plus de savoir s'il faut autoriser ou interdire l'IA, mais plutôt comment l'intégrer dans les pratiques pédagogiques sans compromettre les objectifs de formation. Cette communication propose de traiter cette question d'un point de vue pédagogique, en prenant en considération les spécificités et les contraintes de l'époque actuelle, sans pour autant abandonner les méthodes traditionnelles d'enseignement et d'apprentissage. Il est indéniable que l'exploitation de l'IA générative ne peut être totalement écartée : elle permet un accès rapide à l'information, remplace certains outils traditionnels de correction et aide les étudiants à optimiser leur temps de travail. Cependant, son utilisation soulève la question du maintien des compétences rédactionnelles et de l'autonomie intellectuelle des apprenants. Comment intégrer l'IA générative dans l'enseignement de l'écriture académique de manière à améliorer les compétences rédactionnelles des étudiants sans les déposséder de leur rôle d'auteurs ? Afin de répondre à cette question, nous avons tenté, au sein de l'UIC, une expérience auprès d'étudiants inscrits en Master Marketing, Logistique et Ressources Humaines dans le cadre du module Langue et Communication française, dédié au renforcement des compétences linguistiques et à l'aiguisement des capacités rédactionnelles des étudiants en vue de les préparer aux études supérieures et aux exigences de la production scientifique. Notre démarche repose sur deux hypothèses :
- L'utilisation encadrée de l'IA générative peut contribuer à améliorer les compétences rédactionnelles des étudiants.
- L'intégration de l'IA dans le processus d'écriture empêche les étudiants d'être les véritables producteurs de leurs textes.
La méthodologie adoptée repose sur une étude de cas menée auprès des étudiants concernés. Dans cette expérience, nous avons initié les étudiants à la rédaction scientifique selon la méthode IMRED, tout en les autorisant à utiliser l'IA sous certaines conditions et à différentes étapes du processus d'écriture. L'objectif était de faire de l'IA un outil d'accompagnement à la rédaction plutôt qu'un substitut à l'effort intellectuel. Les résultats obtenus sont probants et montrent que l'IA peut contribuer à l'amélioration des compétences rédactionnelles tout en permettant aux étudiants de demeurer les véritables auteurs de leurs productions. Cette communication présentera les différentes étapes du dispositif mis en œuvre, les modalités d'utilisation de l'IA retenues, les résultats obtenus, les modes d'évaluation finale adoptés ainsi que les pistes d'amélioration envisagées.
Soumia Sadiki :
De la ”mort de l’auteur” à la ”naissance du prompteur” : l’auctorialité réinventée par l’intelligence artificielle
La déclaration de Roland Barthes sur la « mort de l'auteur » a longtemps orienté la critique littéraire vers la négation de l'intention et la fragmentation de la voix singulière. Aujourd'hui, l'émergence des intelligences artificielles génératives reconfigure cette question sous un angle inédit. L'irruption de l'IA générative semble prolonger et parachever ce processus, en automatisant la production du signe et en redistribuant l'autorité créatrice. Nous formulons l'hypothèse qu'une nouvelle figure émerge : celle du prompteur. L'écriture n'est plus seulement le produit d'une subjectivité humaine ; elle devient un espace d'interaction où la machine participe à la production du sens, non pas par conscience, mais par simulation statistique de styles et de structures. Cette co-présence pose une question fondamentale : que signifie encore « être auteur » lorsque l'intention se distribue entre l'humain et l'algorithme ? Le déplacement de cette énonciation devient central : le prompteur n'écrit pas, il sollicite une base de données probabiliste. La rédaction cède donc le pas à la curation, et l'auteur se transforme en valideur de sorties statistiques. On assiste ainsi à l'émergence d'un style sans sujet, où la créativité ne réside plus uniquement dans l'originalité individuelle, mais dans la capacité à orchestrer la relation texte-machine. L'auteur contemporain devient simultanément médiateur et curateur qui formule des consignes tout en orientant le texte produit, sans en contrôler entièrement la genèse, une dynamique qui bouleverse la voix auctoriale et la conception même de la créativité. Cette mutation de l'acte créatif de la production vers l'organisation de l'interaction, limite l'intelligence humaine à négocier, à affiner et à sélectionner parmi les suggestions algorithmiques. Parallèlement, la temporalité de l'écriture se trouve profondément affectée : la vitesse et la fluidité générées par l'IA déplacent la profondeur de la réflexion critique vers le choix des prompts et l'ajustement des résultats. La co-écriture devient dès lors un processus où la réflexion précède la production, inversant la logique traditionnelle de l'élaboration textuelle. Confrontée à cette hybridation, la littérature est invitée à repenser la diversité linguistique et les modalités mêmes de l'écriture. Cette communication défend l'idée que l'auctorialité n'est ni effacée ni uniformisée par les intelligences artificielles : elle se transforme et se réinvente. Loin de se limiter à une problématique technique, la co-écriture générative ouvre un espace critique où texte, auteur et lecteur sont appelés à redéfinir leur rôle et leur relation, conférant à la littérature une dimension réflexive constamment renouvelée.
